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L'Espérance Sportive de Tunis : Entre libération et interpellation !

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Lundi 24 janvier 2011 - Article soumis par NSA
Joie des joueurs sang et or suite au gain de la Ligue des champions arabes. (Photo CHALA)

Joie des joueurs sang et or suite au gain de la Ligue des champions arabes. (Photo CHALA)

"Révolution de jasmin" diront les uns, "révolution de cactus" rectifieront les autres. "Révolution des libres", "révolution du peuple" - appelations plus inclusives ... la multiplication des noms n'égalera en aucun cas la prolifération de sens et valeurs de ce 14 janvier 2011.  Un janvier qui rappelle bien d'autres (un 18 janvier 1952 en particulier).

L'air de liberté que respire la Tunisie ces jours, nonobstant les tentatives incessantes d'étouffement, a été caractérisé, et c'était un fait remarquable, par des changements de discours et des "renversements de vestes" - pour utiliser une expression tunisienne plus suggestive !

Le sport n'a pas fait l'exception dans la ruée vers l'auto-blanchissement dans laquelle se sont engagés nos médias. Les sportifs de tous bords se sont éxprimés eux aussi, saisissant cet air de liberté évoqué un peu plus haut. Rien de plus légitime ! Mais ce qui a suscité notre attention particulière est cette tendance à se blanchir de la presque totalité des clubs et leurs (ex-)responsables. Et pour ce faire, quelques uns ont eu le tort de désigner l'Espérance Sportive de Tunis (EST) comme bouc émissaire ! Une désignation à la fois simpliste et populiste puisqu'elle ne se fie pas, par ignorance inhérente ou ignorance délibéré, aux pratiques de l'interpellation opérées par les structures de l'hégémonie politique (cf. Antonio Gramsci).

Ce n'est pas parce que l'Espérance a été présidée, à un certain temps de sa longue histoire - l'histoire la plus longue, et de loin la plus riche, d'un club tunisien, par Slim Chiboub qu'elle doit être la victime expiatoire de ceux qui veulent expier leurs passés et réparer leurs propres pratiques pas en s'imposant une souffrance mais en choisisant un objet de souffrance autre qu'eux mêmes pour, en fin de compte, saisir, voire confisquer, un present / futur en devenir ! C'est vrai que les mauvaises habitudes ne meurent pas facilement, n'est-ce pas M. Othman Jenayeh (cf. emission sur Nesma TV).

 

L'Espérance : Entre acclamation, voire adulation, populaire et interpellation politique !

 

Revenons un peu en arrière pour cerner quelques positions et oppositions.

Sens et essence de l'Espérance : Ça veut dire quoi "Sang et Or" ?

Commençons par une lecture de ce petit texte en arabe :

 

 

C'était aussi un 14 - un 14 avril 1942 !

Les présidents des clubs doivent être également instruits en matière d'histoire pour ne pas voir un président d'un autre club de la capitale, nous avons nommé Kamel Idir, sortir lors du 90è anniversaire de son club, un anniversaire qui ne cesse de se renouveler et s'étaler d'une saison à l'autre ..., insister sur le non changement des couleurs de son club. Il doit d'abord lire dans les significations d'un changement - plus polysémique que ses couleurs inchangés !

Mais revenons à une question importante - bien que tout est relié : pourquoi ce petit texte ?

Les évenements mentionnés plus haut se situent dans le contexte du mouvement de l'indépendance et de la libération nationale et l'Espérance Sportive de Tunis s'est imposé comme porte drapeau non seulement du football tunisien mais de toute une Tunisie sous la colonisation française.

L'Espérance est une histoire, un monument, un symbole, ad infinitum.

Ceci est suffisant pour faire du club un objet d'interpellation politique, sans qu'il ne soit le seul bien évidemment, de nos jours et les raisons sont des plus claires. Les théories de et sur l'hégémonie de Pierre Bourdieu à Antonio Gramsci s'appliquent aux intellectuels et nous ajouterons aux sportifs et autres figures de la société (la distinction entre la politique et le politique nous mènera davantage à d'autres terrains à défraichir).

Les hégémonies politiques se cherchent des alliances politiques, sociales, et autres, dans leurs tentatives de légitimation et renforcement du pouvoir. Et une question s'impose ici : Quel président de club n'a pas fait partie du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) sous le régime de Zine el Abidine Ben Ali (ZABA comme on s'amuse à l'appeler maintenant) ? Jenayah ? Idir ? .... Qu'ils nous le prouvent ! C'est dire qu'ils étaient, sans être les seuls, vouées à travers les clubs qu'ils présidaient, à la production de l'éthique et du consentement social requis par le pouvoir en place, celui de ZABA, d'où, au passage, l'incohérence de la dualité équipe de l'Etat vs. équipe du peuple !

Slim Chiboub est passé par l'Espérance ? Les Trabelsi ne sont-ils jamais passés par le Club Africain (CA) ? Le ZABAistes ne sont-ils pas reliés à l'Etoile Sportive du Sahel (ESS) ? Seul les dupes et les con-cons le nieront et s'efforceront à ne pas le voir !

Enlever des titres à l'Espérance ?

L'air de liberté a aussi permi aux désirs refoulés de pas mal de psychopathes de refaire surface ! Un ex-joueur clubiste, devenu neo-revolutionnaire, s'est amusé à lancer un appel à l'enlèvement des titres de l'Espérance sous l'ère Chiboub ! Comme si son ex-club et les autres ont remporté leurs titres tout en étant présidés par des hommes de l'opposition ! Baâboura aurait du intervenir bien que le joueur lui même l'a mentionné, tout en pensant que c'était une pratique isolée et unique dans l'histoire de son club ! La liberté d'expression, il faut l'avouer, peut bien donner libre cours à des débilités ! Quel sportif tunisien n'a pas apprécié les Espérances d'Amarildo et Piechniczeck ? Y'avait-il meilleures équipes en ce temps là pour qu'on attribue les succès Sang et Or à l'incomparable pouvoir de Chiboub ? Etait-il le seul à détenir du pouvoir dans le monde sportif ? Sans mentionner des noms, tout un chacun qui pourrait parcourir les listes des présidents de clubs tunisiens se rendra à l'évidence qu'ils n'étaient pas des anges sportifs ou politiques !

 

 

Une photo vaut mille mots !

 

D'autres, oubliant vite leurs hurlements et applaudissements à répétition et leurs discours devant les caméras des émissions sportives et ailleurs, cherchent à inculper Hamdi Meddeb pour discréditer encore plus l'Espérance !

Si l'un ou l'autre est coupable, ceci n'est ni pour le défendre, encore moins pour l'inculper (est-ce de notre ressort ou de celui des autorités de justice ?), les institutions judiciaires, en quête d'indépendance, ont la chance inouie de prouver ce dont elles sont capables. C'est juste pour parler de l'institution, plus que sportive, qu'est l'Espérance.

Personne, ou presque (exception faite de Ness Sport de Mehdi Kattou - un peu trop tard quand même), ne s'est posé les questions qu'il fallait sur les significations des affrontements entre les forces de "désordre" (comme le stipule leur réputation avec le public Sang et Or) et les supporters espérantistes (ultras et autres groupes) ! Un phénomène social et politique à étudier. Auparavant, Hannibal TV, qui s'est illustré sur ce point là, entre autres, nous a gratifié d'emissions spéciales "Al Hadath" pour camoufler les réalités à la Adel Bouhlel et Boubaker Sghaier et j'en oublie ! Un autre phémonène sur lequel il faudrait se pencher !

Voir plus loin !

Un petit message à tout ce "laid monde", "beau monde" manquant de sens, avant de conclure :

Laissez vos désirs refoulés là où ils sont ! Lever vos mains et au lieu de toucher à l'Espérance, chercher vos erreurs et ceux de vos clubs pour bâtir des futurs meilleurs et pour vos clubs et pour le sport en Tunisie !

Au lieu de vos tentatives de vous refaire des virginités, vivez avec les réalités historiques complexes et contradictoires de vos déflorations consommées ! C'est ainsi que vous pourrez, nous pourrons tous, bien repartir en vue d'un assainissement du sport en Tunisie.

A la manière du personnage Hamlet de la tragédie shakespearienne portant le même nom pour titre, on formulera une interrogation : Aurions nous des instances sportives autonomes qui pourraient opérer en dehors des machines d'interpellation gouvernementale et agir indépendemment des 'appareils idéologiques d'Etat' (concept de Louis Pierre Althusser), ou serions nous confrontés à une non-séparation, une sorte de dynamique dialectique entre société politique et société civile ? That's the question !

Vive la Tunisie !

Rédaction d'E-S-Tunis.com
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